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Dossier du mois

Les Universités congolaises, cinquante ans après l’accession de la RDC à l’indépendance : bilan et perspectives - 14/08/2010 par PROFESSEUR ABBE MUGARUKA Université catholique du Congo

A l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo, un état des lieux global s’impose. Il concerne tous les domaines de la vie nationale, y compris l’éducation où s’inscrit l’enseignement aux niveaux maternel, primaire, secondaire, supérieur et universitaire.


Sans prétendre à l’exhaustivité, la présente réflexion porte sur l’évaluation de l’enseignement universitaire et supérieur en RDC, du triple point de vue juridique, administratif et pédagogique. Le temps dont nous disposons pour ce travail étant très limité, nous nous en tiendrons à une vue globale dont nous tirerons des lignes indicatives des perspectives d’avenir.

Comme on le verra, le processus de déliquescence et de démission de l’Etat, qui caractérise l’évolution du pays depuis son accession à l’indépendance le 30 juin 1960, a entraîné dans son sillage la dégradation de la situation politique, sociale et économique de l’ensemble de la République. Au rythme de la croissance démographique, l’éducation en général, et en particulier, l’enseignement supérieur et universitaire ont connu, eux aussi, un développement quantitatif débridé et anarchique, inversement proportionnel à leur qualité administrative, académique et pédagogique. Fonction de la société, tout système éducatif est d’abord un problème de la société qui l’organise et le gère, et dont il est à la fois le reflet et la résultante.

C’est pourquoi, une société, en crise ou sans repères moraux, ne peut qu’organiser et générer un système éducatif anarchique et chaotique, sans rigueur administrative ni vigueur pédagogique. Aussi la crise de l’université congolaise résulte-t-elle principalement de la désorganisation, de la défaillance et de l’incompétence de l’Etat lui-même.

Pour pouvoir redresser et réorganiser le système éducatif congolais, il faudrait donc nécessairement et préalablement restaurer l’Etat congolais lui-même et les exigences de la bonne gouvernance. Cette restauration de l’Etat implique la mise sur pied d’une administration impartiale, apolitique et fonctionnant, de manière impersonnelle et rigoureuse, sur base des normes fixées par la loi et les règlements. Telle est l’hypothèse de travail qu’étayent aussi les faits que la réflexion sur l’enseignement supérieur et universitaire en RDC.

Notre exposé s’articule autour de quatre points suivants : Bref aperçu historique de l’évolution de l’enseignement universitaire en RDC, de 1960 à 2010 ; Evaluation de l’enseignement supérieur et universitaire en RDC ; Pistes pour l’enseignement supérieur et universitaire congolais du troisième millénaire.

BREF APERÇU HISTORIQUE DE L’EVOLUTION DE L’UNIVERSITE EN RDC

Les trois premières universités congolaises et la création des instituts d’enseignement supérieur en RDC de 1954 à 1971. A son accession à l’indépendance en 1960, la RDC comptait une seule université complète, Lovanium, d’obédience catholique, qui avait été fondée en 1954, avec le concours technique de l’Université catholique de Louvain. Il s’agissait donc d’une université privée et confessionnelle, subsidiée par l’Etat et dont la finalité s’inscrivait dans la perspective de l’œuvre évangélisatrice de l’Eglise catholique. Jouissant d’une large autonomie interne, son Conseil d’administration fonctionnait sous l’autorité directe de l’Eglise, avec une simple participation du ministère de l’Education qui y déléguait un représentant. L’Université pouvait ainsi s’organiser comme une institution scientifique et académique intégrée dans un milieu éducatif chrétien.

La seconde institution d’enseignement supérieur du pays, l’Université officielle du Congo, sera créée en 1956 à Lubumbashi, en tant qu’université d’Etat. Quoique relevant directement de l’Etat comme pouvoir organisateur, l’université officielle jouissait d’une certaine autonomie interne dans sa gestion académique quotidienne.

La troisième université à voir le jour dans le pays fut l’Université libre du Congo, créée à Kisangani en 1963. Elle fut organisée et fonctionna sur le modèle de Lovanium.

Calquées sur le modèle occidental, ces trois universités firent, dans leurs premières années, appel à la collaboration des professeurs européens compétents et reconnus.

POURSUITE DE LA CREATION DES INSTITUTS SUPERIEURS

Cela permit, certes, de sauvegarder, jusqu’en 1971, un niveau scientifique et académique correspondant, mutatis mutandis, aux standards universitaires internationaux. Dans ses efforts pour relever le défi de la pénurie autant que du besoin urgent des cadres supérieurs compétents, le Congo connut une période de grande créativité en matière d’enseignement de 1960 à 1970, grâce à une large concertation entre ministères, représentants des Eglises, professeurs et experts internationaux.

Entre 1960 et 1970, l’Eglise catholique, qui bénéficiait de l’aide étrangère grâce à la présence, encore significative, des missionnaires européens, créa, pour chacune de ses six provinces ecclésiastiques, un institut supérieur pédagogique pour pouvoir doter les écoles secondaires du personnel enseignant qualifié dont il avait besoin dans le cadre de l’option pour un enseignement promotionnel plutôt que sélectif. L’Institut supérieur pédagogique de Kinshasa-Gombe vit le jour en 1961, tandis que ceux de Bunia et de Mbujimayi furent créés en 1968. «Le processus de création des instituts supérieurs se poursuivit de sorte qu’en 1971, lors de la réforme qui a regroupé tout l’enseignement supérieur sous le label UNAZA (Université nationale du Zaïre), on pouvait compter 37 établissements d’enseignement supérieur identifiés, selon leurs affinités et leurs filières de formation en université, et des instituts pédagogiques et instituts techniques, inégalement répartis sur le territoire national avec une forte concentration à Kinshasa où l’on pouvait compter jusqu’à 12 établissements d’enseignement supérieur au moment du regroupement».

Au cours de ces premières années de l’indépendance, la RDC essaya de revoir et de réorienter l’idéologie qui avait présidé à la conception et à l’organisation de l’enseignement dans le pays. Elle visa à réviser, d’une part, l’extraversion qui affectait, comme une tare de fabrication, le type d’homme que formaient l’enseignement congolais, en général, et l’enseignement universitaire, en particulier, et d’autre part, le caractère fort sélectif du système éducatif. L’université congolaise d’alors était tributaire de la vision léopoldienne de l’œuvre coloniale ayant comme objectif la civilisation, le salut des indigènes et l’implantation de l’Eglise en Afrique. Les étudiants de Lovanium furent les premiers à dénoncer cet état de fait, lié à l’idéologie même de la création de l’Université au Congo en 1963.

L’AFRICANISATION DE L’ENSEIGNEMENT

En effet, en juillet 1963, «un groupe d’étudiants de l’Université Lovanium qui prétendaient représenter l’ensemble des facultés, remettaient au Conseil d’administration un mémorandum dénonçant le caractère à la fois colonialiste et belge de l’Université, un simple dédoublement de Louvain, absolument indépendante des autorités congolaises aussi bien civiles qu’ecclésiastiques. Les étudiants réclamaient l’africanisation des programmes d’enseignement et la promotion accélérée des Congolais parmi les membres du corps professoral».

Mais la pression populaire et l’urgence de mettre en place des cadres politico-administratifs congolais firent que l’on confondit vitesse et précipitation. Par ailleurs, l’africanisation de l’enseignement fut principalement l’œuvre des experts étrangers parmi lesquels figuraient des anciens coloniaux. Notons que la quasi-totalité des premiers instituts supérieurs et des universités furent dirigés jusque vers les années 1970 par des Européens.

Enfin, l’incapacité des dirigeants congolais qui n’avaient pas été préparés à gérer un Etat moderne, produisit, dès les premières années de l’indépendance, l’instabilité politique, la guerre civile (la rébellion muléliste) et la dégradation ainsi que le dysfonctionnement de l’appareil administratif de l’Etat dans son ensemble. Tous ces facteurs combinés affectèrent négativement tous les secteurs sociaux de la vie nationale, y compris l’éducation nationale dont le budget commença à subir des restrictions dommageables sur le plan social et académique.

VERS LA CREATION DE L’UNAZA

Les revendications des étudiants vers la fin de la décennie 1960-1970 étaient surdéterminées par la dégradation de leurs conditions de vie et de travail sur le site universitaire. Le mouvement de l’africanisation entrepris au cours de la décennie commença à sortir ses effets négatifs visibles à la fin de celle-ci. Il se caractérisa par une dégradation progressive du système éducatif.

Au cœur de cette dérive, se trouvait l’idéologie de l’organisation de l’enseignement supérieur et universitaire en RDC. Cela débordait le cadre restreint de la seule université Lovanium. Mgr Gillon, qui fut le recteur fondateur de Lovanium de 1954 à 1967, essaya d’y apporter une solution, en proposant, en 1967, la création d’une Université Nationale, qui serait un établissement chargé de la programmation générale, de la coordination, du développement et de la haute gestion de l’Enseignement supérieur, dans le respect de la légitime autonomie de gestion quotidienne de chacune des université. Le processus de l’africanisation de l’université faisait craindre que le remplacement des cadres universitaires européens par les Africains ne sonne le glas de l’excellence et de la rigueur administrative, académique et scientifique qui doivent caractériser toute institution de ce genre et de ce niveau.

En effet, à l’instar de la politique et de l’économie, la gestion moderne et rationnelle suppose et requiert une culture et une mentalité ne correspondant pas à la tradition et aux mœurs jusque-là alors en vigueur en Afrique. N’ayant jamais conçu une quelconque politique d’émancipation et d’autogestion des Congolais, les Belges n’avaient pas préparé la relève des agents de cadre de l’administration et des services publics, si bien qu’à l’indépendance tout se fit dans la précipitation, le tâtonnement, à coup d’essais et d’erreurs.

REFORMES DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET UNIVERSITAIRE EN 1971 ET EN 1995

La Réforme de 1971. Motivée moins par des raisons pédagogiques et académiques que par des considérations politiques, la Réforme de l’enseignement décrétée par le gouvernement congolais en 1971 sonna le glas de l’université de l’excellence en RDC. «La deuxième République, née du coup d’Etat militaire du 24 novembre 1965 et fondée sur le monolithisme politique et la dictature, ne pouvait s’accommoder de la contestation estudiantine, mode d’expression rapidement qualifié par elle d’anarchique. L’enrôlement des étudiants dans l’armée en 1971 et les multiples fermetures des établissements d’enseignement supérieur témoignent du profond malaise des relations entre l’Etat et les milieux estudiantins à cette période». Voici ce qu’écrit à ce sujet Mgr Tharcisse Tshibangu : «De 1967 à 1981, plusieurs revendications d’ordre social exposées souvent avec impatience et violence par les étudiants visant l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail, notamment en souhaitant des augmentations sensibles de taux des bourses d’études qui étaient alors encore allouées à chacun des étudiants. La forme d’expression de ces revendications provoque une réplique ferme et dure des autorités universitaires, puis du pouvoir politique. Depuis ce moment, ‘une véritable crise disciplinaire’ s’installa parmi les étudiants des Universités et Instituts universitaires dans leur ensemble. Les actions de revendication des étudiants de Lovanium, suivies spécialement par celles de ceux de l’Université de Lubumbashi, amenèrent les autorités politiques à fermer les Universités pendant quelques mois, avant de procéder à la réforme créant l’Université du Zaïre en 1971». «Le souci du contrôle politique des étudiants, et non le développement national, sera le point de départ de la réforme de juin 1971, décidée par le Bureau politique du Parti-Etat et conclue avec une rapidité étonnante dès le 6 août de la même année avec la création de l’UNAZA, à la suite d’un congrès de 4 jours, réunissant des professeurs nationaux, à N’sele, du 27 au 31 juillet 1971».

Cette réforme visait un quadruple objectif: l’affirmation de la souveraineté nationale ; le renforcement de l’intégration nationale aux plans de la formation et de la recherche scientifique ; une meilleure rationalisation et planification de la politique de formation : faire la politique de ses moyens et l’assurance d’une plus grande efficacité par le principe de l’unité de commandement, de l’uniformisation des programmes et des règles de gestion.

Il s’agissait, en fait, d’une tentative de nivellement par le haut de toutes les institutions d’enseignement supérieur et universitaire du pays, à partir d’une approche politique, autoritaire et centralisatrice, correspondant à l’idéologie et à l’option totalitaires du moment. Le Mouvement populaire de la révolution (MPR), instituée en Parti-Etat, se devait de tout régenter, contrôler, centraliser et orienter pour consolider l’autorité de l’Etat et le pouvoir d’un seul homme, le président de la République, régnant en maître incontesté et incontestable sur l’ensemble des institutions publiques vouées à son culte. On assista alors à une série de décisions politiques de nationalisation des entreprises économiques dans le pays, de l’enseignement, etc.

EVOLUTION DE L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET UNIVERSITAIRE APRES LA REFORME DE 1971

Au fur et à mesure de la croissance démographique du pays et de ses besoins en cadres administratifs et techniques, la demande de la création de nouvelles institutions d’enseignement à tous les niveaux se fera de plus en plus pressante de la part de la population. Mais, très vite, des problèmes financiers, administratifs et académiques se posèrent, auxquels l’Etat ne fut pas capable de faire face.

Sur le plan financier, l’Etat totalitaire, privatisé par une néobourgeoisie compradore et de plus en plus corrompue, ne put continuer à allouer au secteur de l’éducation nationale un budget suffisant et conséquent. En ce qui concerne l’enseignement supérieur et universitaire, les budgets accordés et effectivement exécutés, tant celui du fonctionnement (l’ordinaire) que celui d’expansion et d’investissement s’avérèrent de plus en plus modiques et en décà des besoins réels. «Le Conseil d’Administration de l’UNAZA constata avec acuité, à partir de 1977 la grave déficience des moyens d’entretien, et davantage encore, ceux nécessaires à l’extension de l’infrastructure des universités. En 1978, une sérieuse crise se déclara chez les enseignants dont le niveau barémique s’affaiblissait d’année en année, et devenait insignifiant en regard de coût général de la vie et des besoins impérieux du minimum, à eux requis, d’équipements pour leurs recherches et pour leur enseignement. Il fut réclamé une revalorisation salariale très importante. Dans l’immédiat, une solution momentanément satisfaisante fut trouvée mais le problème ne fut pas définitivement résolu».

LA DEGENERESCENCE

Sur le plan administratif, l’enseignement supérieur et universitaire connut une lente et progressive dégénérescence. Selon R.R.Cizungu citant l’intervention de Mgr Tshibangu à la Conférence nationale souveraine qui se tint du 7 août 1991 au 5 décembre 1992, cette dégénérescence se caractérisa par «la confusion, les empiétements d’autorité et conflit périodique dans la haute direction centrale de l’université manifestés par des interventions nombreuses non statutaires du Ministère de tutelle ou Président du Conseil d’Administration dans la gestion courante ; la lourdeur (aspect structurel) et lenteur (aspect organique) administrative, au fur et à mesure de la complexification des tâches et compte tenu de l’éloignement des nombreux établissements disséminés à travers le pays ; la déficience dans la gestion : le Conseil d’Administration appelé ‘Conseil Révolutionnaire’ a fonctionné sans jouir dans les délibérations d’une marge convenable de neutralité… le Budget insuffisant et déséquilibré, toujours inférieur aux prévisions soumises au Législateur, irrégulièrement octroyé, rendant impossible une gestion rigoureuse, 80% de ce budget allait à la rémunération et à la restauration… ; l’absence d’autonomie de gestion, dans ce sens que plus de 80% du budget sont gérés par le Département des finances… ; la subventions scientifiques insuffisantes ; l’impasse et le blocage du développement de l’université. A partir de 1978, les infrastructures ne pouvaient plus accueillir plus de 30.000 étudiants ; le manque d’équipements scientifiques, de produits de laboratoire ; les laboratoires et les bibliothèques fonctionnent et les bibliothèques sont approvisionnées en livres grâce à l’apport de la coopération ; l’insuffisance du budget d’investissement ; le non établissement d’un grand projet d’ensemble planifié d’extension et de développement de l’université… ».

Toutes ces déficiences administratives influèrent négativement sur la qualité pédagogique de l’enseignement universitaire et supérieur dont on commença à dénoncer la baisse de niveau. Mgr Tshibangu, pourtant peu enclin à dénigrer une œuvre à laquelle il aura consacré le meilleur de sa vie active, écrit en 1998 : «Depuis une dizaine d’années maintenant, presque unanimement le constat a été fait d’une baisse du niveau moyen de formation. La moyenne des étudiants inscrits à l’université est plus basse et médiocre qu’autrefois, ceci étant dû pour une part au niveau souvent insuffisant de préparation dans l’enseignement secondaire pour l’enseignement supérieur, et à l’enseignement supérieur, au manque de bibliothèques à jour, des équipements de laboratoire inadéquats et défectueux, d’autre part».

LES REFORMES DE 1981 ET 1986

Une seconde réforme intervint en 1981. Instaurée par les Décisions d’Etat n°08/CC/81 et O9/CC/81 du 5 juin 1981, cette réforme concernait l’ensemble de l’enseignement du pays, du niveau primaire au supérieur et universitaire. Pour ce dernier niveau, l’université devait viser à former des cadres capables de concevoir des idées neuves et de promouvoir le développement du pays. Les instituts supérieurs pédagogiques devaient, quant à eux, viser à assurer «une formation ordonnée à fournir au pays, en fonction de ses besoins, des enseignants de très haut niveau de formation générale et spécialisée. Le type d’homme à former dans ce secteur devait avoir des qualités morales et pédagogiques éprouvées. Cet enseignement devra non seulement préparer les futurs formateurs eux tâches traditionnelles d’enseignement, mais aussi et surtout à une prise de conscience de leur tôle d’encadreur politique, de la noblesse de leur mission, de l’honneur de leur profession et de la dignité de leur personne».

La réforme de 1981 n’avait aucun caractère innovateur : elle se situait dans le prolongement de celle de 1971, toute centrée sur une idéologie politique totalitaire dont les insuffisances et l’essoufflement commençaient déjà à produire leurs effets néfastes et pernicieux non seulement pour le système éducatif, mais également pour l’ensemble du pays.

Une troisième réforme interviendra en 1986, par la promulgation de la loi-cadre n° 86-005 du 22 septembre 1986. «Cette loi avait pour objet de définir les finalités de l’Enseignement national, d’en déterminer les structures et d’indiquer les droits et les devoirs de l’Etat, des parents, des élèves, des étudiants et du personnel de l’enseignement ; de fixer les compétences en matière de création en d’agrément des établissements d’enseignement ainsi que les modalités de leur fonctionnement, de leur organisation et de leur gestion ; d’organiser les conditions de gestion du personnel de l’enseignement ; d’arrêter quelques dispositions spéciales sur la gestion de l’enseignement par des personnes privées, morales ou physiques, telles que les Eglises ou les représentations diplomatiques, et de déterminer les infractions et les sanctions en matière d’enseignement».

Cette loi-cadre, en dépit de quelques lacunes, correspond aux standards internationaux. Elle n’innovait pas et s’inscrivait dans le prolongement de la politisation du système éducatif, sous l’autorité du Mouvement Populaire de la Révolution, Parti-Etat, qui régentait tout, sans en avoir les moyens ni la compétence technique. Cependant, elle eut le mérite d’exister et de clarifier l’organisation de l’enseignement national. Malheureusement, il n’était pas possible de concevoir et de réaliser la rationalisation et le renouvellement du système éducatif, dans le contexte d’un Etat sans administration rigoureuse et respectueuse des textes réglementaires, qui n’était en mesure de fonctionner normalement et dont le totalitarisme commençait à s’essouffler et à accuser des failles. Aussi la nouvelle loi-cadre souffrit du dysfonctionnement de l’ensemble de l’appareil administratif du pays et ne sortit que des effets fort mitigés qui n’entravèrent pas la descente aux enfers et la dégradation du système éducatif.