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Editorial

mobilisation universitaire:La montée en puissance de l'inaction. - 07/04/2010 par R.R Sassa,Sales Strategist

Une politique qui ouvre des prisons pendant qu’elle ferme des écoles est-elle démocratique ? sans la science la terre serait plate.
La crise que traverse la RD. Congo depuis la dernière décennie du 20ème siècle n’épargne malheureusement aucun secteur. C’est pourquoi les données rassemblées par les différents services du système éducatif et d’autres ministères (administration du territoire, affaires sociales) comportent des lacunes qui font que le taux net de scolarisation est rarement calculé pour l’analyse du système éducatif de la RD. Congo.


« L’enseignement supérieur et universitaire (E.S.U.) au Congo n’est pas en crise. Il est en voie de disparition. La formation dispensée, dans ses instituts et dans ses facultés, est tombée endessous
du seuil qui permet de prétendre à une qualification professionnelle de niveau supérieur. Il y a déjà quelques années que l’E.S.U. ne produit plus de nouveaux savants, de
nouveaux professeurs ou de nouveaux chercheurs ; bientôt, il ne produira plus de nouveaux universitaires. » (Verhaegen, 1986, p. 54) S’il a opéré des miracles au cours de la décennie 60,
contrairement à Jésus Christ, l’E.S.U. tarde, en République Démocratique du Congo (R.D.C.),à vivre sa Pâques depuis le constat de son décès effectué par Verhaegen, il y a plus de 20 ans.
Au contraire, sa décomposition s’amplifie, d’année en année, au point de ronger même ses dimensions les plus essentielles que sont la pédagogie, la bibliothèque, la formation…

De plus en plus, on a remarqué une inadéquation entre la formation dispensée au niveau de l’E.S.U. et les besoins de la société… L’E.S.U. est devenu presque comme un produit de consommation pour les cadres
académiques et administratifs ; il n’est pas un outil assez efficace pour accélérer le progrès de la société. Beaucoup veulent jouir de l’E.S.U., mais celui-ci n’est pas assez axé sur le
développement du pays

Aujourd’hui donc, plus de deux décennies après le propos de Verhaegen, la situation del’E.S.U. en R.D.C. demeure sinon catastrophique, du moins préoccupante : les institutions de
l’E.S.U. se caractérisent notamment par le manque d’enseignants, par l’inexistence de bibliothèques et de laboratoires appropriés ainsi que par l’élasticité des années académiques et par la saturation des auditoires;Cette illustration sombre de l’E.S.U. ne peut faire
la fierté de personne et nécessite des actions plutôt urgentes.

Le gouvernement a pu rester intransigeant à l’égard des revendications des personnels de l’université pour au moins trois raisons secretes à savoir:La première raison tient à la place qu'avait entendu accorder le pouvoir à l’université. Parce qu’elle ne joue plus depuis longtemps le rôle qu’elle assurait dans la reproduction des élites, -rôle qui n'est plus assuré par les universités de plus en plus nombreuses en RDC-, ses personnels ne bénéficient plus de l’attention du pouvoir qui a choisi de traiter ce secteur comme n’importe quelle autre administration morte en lui appliquant la même « thérapie » que les fonctionnaires de la fonction publique.
face à l'inexistence de renforcement du pilotage de chaque établissement dans une optique de management des ressources humaines ; désengagement financier de l’Etat ; gestion locale de la pénurie avec externalisation de certains services ; recours massif à des contractuels… En second lieu, le pouvoir a su tirer parti de la relative faiblesse de la participation des étudiants dans leur capacité à reagir et du caractère « trop faible» de la mobilisation des étudiants.
Alors que le ministre de l' ESU choisissait de reporter la question sur la réforme de l'université au congo à plus tard, en raison sans doute de la crainte du gouvernement d’être rapidement confronté à un mouvement académique massif,puissant, incontrôlable et à l’issue imprévisible,le président de la république Joseph KABILA n’a pas eu à craindre d'inserer l'éducation dans son programme des cinq chantiers en vigeur étudiant synonime de reforme de tout les secteurs faibles de la république . Enfin, l’intransigeance du gouvernement s’explique aussi par sa conviction que les revendications des personnels des universités ne recevraient pas le soutien d’autres secteurs de la société pour lesquelles les universitaires paraissent encore bénéficier, dans un contexte de grave crise économique et social, de conditions de travail et de rémunérations enviables. Ainsi, aux sources de l’intransigeance du gouvernement, on trouve la place qu’il entend donner à l’université et une intelligence du rapport de forces en présence facicilement contestable.

Face à un gouvernement, qui a misé sur l’inaction des étudiants, qui se perçoit conforté par les résultats obtenus lors des élections de 2006 et qui maintient ses orientations sans tenir compte de la mobilisation sans précédent des professeurs d' universités suite à un manque d'implications des étudiants, et dans un contexte marqué par la difficulté de construire un rapport de forces suffisant, en l’absence d’une réelle mobilisation interprofessionnelle, la reprise d’une mobilisation dans les universités est hypothétique. Au malaise provoqué par les rumeurs de réformes contestées, le risque est grand de voir s’ajouter désormais l’amertume de ne pas avoir obtenu « grand-chose », de ne pas avoir été entendus sur l’essentiel après plusieurs années d’efforts. Une telle amertume pourrait conduire au désengagement plus ou moins durable à l’égard de toute action collective et/ou au retrait à l’égard de certaines implications professionnelles. Dans les deux cas, l’université congolaise en pâtirait. On peut aussi envisager un tout autre scénario : celui d’une réactivation de la mobilisation qui pourrait être déclenchée par d’autres mesures gouvernementales jugées néfastes, prendre appui sur les nouvelles capacités organisationnelles que les personnels des universités et de la recherche ont forgées des année (renforcement de la syndicalisation, expérience massive de la démocratie active, multiplication des coordinations…) et s’inspirer des propositions concrètes de réformes de l’enseignement supérieur comme celles faites par un certain nombre d’universitaires de renom.Ce second scénario ne peut être exclu d’autant que le mécontentement des personnels de l’Université et de la Recherche vient de loin.