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Editorial

Qui doit penser à la place du futur cadre congolais ? - 09/02/2010 par R.R.SASSA,Sales Strategist

Le problème de la réussite des jeunes dépasse la question du chômage et de la précarité, qui reste une difficulté massive au Congo.
Dans la plupart des pays occidentaux, on observe un effort financier croissant en direction des jeunes.

Ex : Comment se fait-il que 600 000 jeunes du monde entier viennent tous les ans étudier aux Etats-Unis? Est-ce la réputation des diplômes américains ? L'efficacité des méthodes d'enseignement ? La vie sur le campus ? Etudier aux Etats-Unis reste un mythe pour un très grand nombre d'étudiants dans le monde.
Beaucoup de films et de séries nous donnent une image de ce que sont les campus.


Au Congo, les jeunes sont peu reconnus comme une ressource d’avenir. La société les perçoit le plus souvent soit comme des victimes (qu’il faut protéger), soit comme une menace (dont il faut se protéger).
L'attention publique se concentre régulièrement sur les jeunes qui connaissent le plus de difficultés. Elle se détourne des autres. C'est s'arrêter là où commence le problème : celui de toute la jeunesse qui s'interroge sur la manière de réussir sa vie ; elle ne rencontre ni l'attention, ni la confiance, ni le soutien qu'elle attend. Qu'est devenu le débat sur l'émancipation et la responsabilité des jeunes dans un pays plus que pauvre où ils pèsent de plus en plus dans le corps électoral ?

L'étude La Réussite des Jeunes revient sur quelques-unes des questions difficiles auxquelles les jeunes se trouvent confrontés au Congo, en dehors de l'échec scolaire :
• le manque d'autonomie dans leur orientation et dans la vie économique en général ;
• le retard dans l'accès aux responsabilités, à la propriété, au capital, à la vie familiale par rapport à d'autres pays développés ;
• l'inadéquation des formes politiques, syndicales et institutionnelles pour exprimer le malaise d'une jeunesse dont le poids augmente dans le corps électoral ;
• la multiplication de freins à l'insertion professionnelle : une faible mobilité géographique, des langues étrangères peu maîtrisées, la difficile transition entre formation et emploi sur le marché congolais ;
• la crainte de la disqualification sociale.
Cette analyse ouvre un débat sur l'abaissement de la majorité à 16 ans, et sur un ensemble de mesures destinées à faciliter l'accès des jeunes au marché de l'emploi et à l'autonomie.

Quelles sont aujourd’hui les aspirations de la jeunesse congolaise ? Quel regard porte-t- elle sur la famille, l’emploi, la société ?

Cette perspective comparative permet de faire ressortir la morosité et le pessimisme des jeunes congolais. Comment l’expliquer ? À l’heure où l’on s’apprête à célébrer les 50 ans d’indépendance de la RDC, que reste-t-il de l’envie de changement des jeunes générations, de leurs espoirs et de leurs ambitions ?

Nous assistons à une perte de confiance des jeunes envers les institutions ; cela peut s’expliquer en partie par la dégradation du sentiment d’appartenance à la société. Le partage de valeurs facilite en effet l’engagement d’une relation de confiance. Le scepticisme envers les institutions se comprend également par la compétition réelle masquée sous un discours faussement égalitaire

L’évolution de la « culture jeune » est une autre explication du divorce entre les jeunes et la politique. Sous la forme d’une contre-culture, les jeunes des années soixante participaient activement à la vie sociale. La culture adolescente actuelle s’est défaite de sa dimension militante pour se concentrer sur la consommation de masse incontrôlée.
La « culture jeune » est devenue totalitaire et hermétique aux autres classes d’âge creusant ainsi le fossé intergénérationnel que l’on connaît.
L’école comme outil d’intégration sociale des jeunes ne remplit plus son rôle. Elle n’est plus associée ni à la formation citoyenne ni aux espoirs de promotion sociale. La création d’espaces de participation des jeunes aux processus décisionnels les concernant qui devrait être exploré pour favoriser l’engagement citoyen n’existe plus.
Conformisme ou révolte sont les réactions politiques les plus répandues chez les jeunes qui connaissent un affaiblissement du sentiment d’appartenance sociétale. Cela explique que la participation politique classique chez les jeunes soit en baisse alors que la participation contestataire ponctuelle sous forme de manifestations, grèves ou pétitions est en hausse dans les esprits.
La jeunesse guette les mouvements politiques avec méfiance. De leur côté, les hommes politiques ont tendance à contourner les jeunes pour éviter la confrontation au lieu de négocier avec eux. Incompréhension et défiance des deux côtés donc. Cette fracture qui concerne la jeunesse congolaise en général est encore plus frappante dans l’arrière pays victimes de ségrégation. Ces jeunes qui ne se sentent ni représentés ni écoutés en sont arrivés à utiliser d’autres formes de violence pour se faire entendre. Marginalisés au sein d’une jeunesse déjà sous-représentée politiquement, ils sont mis à l’écart de la reconstruction collective de la société.
Globalement les questions concernant la jeunesse sont peu ou mal comprises en politique et les mécanismes de représentation qui lui sont destinés sont souvent inefficaces. Les jeunes apparaissent comme des spectateurs invisibles qui se réveillent lorsqu’ils se sentent menacés. Leur protestation, ponctuelle, débouche rarement sur des propositions politiques. Ils sont peu nombreux à s’engager de façon permanente dans le secteur associatif. Peu organisés, ils ne sont pas considérés comme des interlocuteurs crédibles.
La jeunesse est en crise de confiance tant à l’égard des élites politiques, administratives et économiques qu’à l’égard de ses propres capacités. Cette crise de confiance entretient une crise des valeurs puisque il existe aucun projet politique porté par les élites qui peut parvenir à atteindre les jeunes.
La réconciliation de la politique et de la jeunesse passera par l’abandon des stigmates du jeune perçu par les décideurs soit comme un problème (ils adoptent alors une posture paternaliste), soit comme un danger (posture autoritaire, voire répressive).
La jeunesse doit être envisagée comme une source d’innovation et d’évolution pour la société. Il ne faudra pas seulement en convaincre les élites politico-administratives mais aussi les jeunes qui semblent avoir perdu une bonne part d’estime d’eux-mêmes.
Dommage qu’aucune initiative politique constructive des jeunes n’aient été intégrée dans l’actuel programme de la reconstruction et qu’il faille attendre encore longtemps pour trouver une timide note d’espoir.