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Dossier du mois

ESU:L’élite déserte l’arrière-pays - 26/03/2010 par Payne

La forte concentration de têtes pensantes(qui ne sont pas nombreuse en RDC) dans la capitale s’avère un coup dur pour l’arrière-pays. Car la loi de l’équilibre prévoit que tous les coins du pays bénéficient équitablement d’un échantillon en termes d’élite, en vue d’un apport déterminant dans les efforts du développement.


La Constitution de la 3ème République ayant adopté le principe de la Décentralisation, cela vaut une responsabilité notamment pour ceux qui ont la capacité de conduire les masses dans l’action, de mobiliser les énergies, de frayer la voie par des idées soutenues. Parlant du développement, en effet, le professeur Ngub’Usim démontre, dans une communication scientifique, que l’élite est l’agent de transformation de la société. Or, il s’observe depuis des décennies que l’élite déserte l’arrière-pays. Des agronomes formés ont versé dans la vie active en optant pour un secteur tiers. L’essentiel, arguent-ils, étant de survivre.

Dans le domaine religieux, les pasteurs d’églises indépendantes et celles du réveil ont Kinshasa pour champ de prédilection. Dans le domaine scientifique, maints chimistes, biologistes et médecins spécialistes ’appuient sur un prétexte collectivement admis, selon lequel l’arrière-pays n’offre guère de cadre (idéal) à l’exercice de leur profession. Aussi laissent-ils le terrain à quelques « généralistes en mal d’ambitions ou à des dévoués exerçant par vocation ». Les magistrats et les avocats n’ont pas, eux, de la passion pour l’arrière-pays. Beaucoup d’autres compatriotes estiment d’ordinaire, que deux possibilités s’offrent à eux pour qu’ils se sentent utiles dans les domaines qui sont les leurs : Œuvrer en ville, à défaut de sortir du pays pour scruter l’avenir sous des cieux plus cléments.

Généralement, quand le terme « fuite des cerveaux » est évoqué, les gens ont tendance à ne voir que la sortie massive de têtes pensantes au-delà des frontières nationales. (…) A cela s’ajoutent les jeunes énergies recourant à l’exode rural, dans la perspective de s’élargir les horizons en milieu urbain. Quand la capitale devient l’unique référence pour un plus grand nombre, les conséquences sont patentes : la promiscuité, le sous-emploi, le chômage, le banditisme, le foisonnement des bidonvilles, les difficultés de déplacements en ville, l’impossibilité pour l’arrière-pays de jouer pleinement son rôle de grenier de la capitale, l’insalubrité, la dégradation des services publics : éducation, sécurité, fourniture d’eau et du courant, santé publique, dommage causé à l’environnement, etc.

Gouverner, c’est aussi prévoir, renseigne une théorie. Au moment où les énergies doivent se mobiliser pour la mise en train du programme des 5 chantiers : eau et électricité, éducation, emploi,, infrastructures, santé, les décideurs ne devraient pas considérer cette réalité comme un fait divers. Il est souhaitable que dans la phase d’exécution du volet Infrastructures des 5 chantiers, un accent soit mis sur l’arrière-pays. A l’heure de la Décentralisation, point n’est besoin de rappeler l’impératif d’interdépendance des services, en vue de l’efficacité dans l’abord du développement. En effet, la force d’un magistrat dans un coin donné de la République est aussi corollaire à l’importance numérique des forces de l’ordre dans ce milieu. Le technicien de développement rural formerait un couple dynamique avec la juxtaposition d’un agronome. Et que vaut ce dernier au cas où les engins voire le personnel de maintenance viennent à faire défaut ? Un autre fléau qui s’est érigé en tradition dans la gouvernance congolaise réside dans la sélection des cadres.

En effet, plus d’une fois des voix se sont fait entendre, fustigeant le recours soit au militantisme soit au régionalisme comme critère de choix des collaborateurs. Au moment où la course à la jouissance matérielle occasionne une répartition irrationnelle des populations, donc un déséquilibre dans l’abord du développement, un écrivain camerounais a relevé l’avantage du village comme poumon de la transformation des sociétés. Il s’agit de Jean-Marc Ela, auteur de « L’Afrique des Villages », réédité en 1983 chez Karthala à Paris.